Les leçons de Malcolm X

بسم الله الرحمن الرحيم

Dans un discours historique prononcé le 3 avril 1964 à Cleveland, « The ballot or the bullet » (littéralement, le bulletin de vote ou la balle), Malcolm X semble étrangement, presque directement, s’adresser à nous – à quelques détails liés aux circonstances près. Un texte important que beaucoup de ceux qui se réclament de lui aujourd’hui feraient bien de lire – et d’appliquer – plutôt que de se complaire dans une posture victimaire & purement « revendicatrice ».

Après avoir décrit l’hypocrisie de l’Amérique en général, et des démocrates (« libéraux ») en particulier, la naïveté du vote noir, et le larbinisme des leaders communautaires, Malcolm X expose dans ce discours les fondements intellectuels de ce qu’il appelle le « nationalisme noir ». Tout est dit : la nécessité d’une prise de conscience & d’une autonomisation politique, d’une reprise en main économique, d’une réforme sociale & morale, de l’auto-défense, d’une éducation autonome, mais également d’une unité autour de principes plutôt que de mouvements, et de mettre fin à la ségrégation par la séparation plutôt que par l’intégration complète – toujours illusoire. La nécessité, finalement, de se libérer soi-même plutôt que de réclamer sa libération à d’autres : car la liberté & le respect ne se quémandent pas, ils se prennent.

Mais voyez par vous-mêmes, remplacez « noir » par « musulman », et « blanc » par « kafir », et vous y êtes :

« C’est le vote de l’homme noir qui a mis en place l’administration actuelle à Washington DC. Votre vote, votre vote stupide, votre vote ignorant, votre vote vain a mis en place une administration à Washington DC qui a fait passer tous les types de lois possibles & imaginables – à l’exception de celles pour lesquelles vous les avez élu, se permettant même de faire de l’obstruction parlementaire en plus de cela. Et vos leaders et les miens ont l’audace de se pavaner en applaudissant & en nous expliquant combien de progrès nous sommes en train de réaliser. Et à quel point nous avons un bon président. (…)

Ainsi, il est temps, en 1964, de nous réveiller. Et quand vous les voyez venir avec ce genre de conspiration, faites-leur savoir que vos yeux sont ouverts. (…) Ils obtiennent tout le vote noir, puis après qu’ils aient été élu, le noir n’obtient rien en retour. Tout ce qu’ils ont fait en arrivant à Washington, c’est donner à quelques leaders noirs des postes haut placés. Ces leaders noirs n’avaient pas besoin d’emplois, ils en avaient déjà. C’est du camouflage, de la tromperie, de la traîtrise, des mesures de façade. Je n’essaie pas de taper sur les Démocrates pour défendre les Républicains : je vais en venir à eux dans une minute. Mais ceci est vrai : vous avez mis les Démocrates tout en haut, et ils vous ont mis tout en bas. Regardez la réalité en face. (…)

La philosophie politique du nationalisme noir est que l’homme noir doit contrôler la politique & les politiciens dans sa propre communauté; rien de plus. L’homme noir, au sein de la communauté noire, doit être ré-éduqué dans la science politique afin de savoir ce que la politique est supposée lui apporter en retour. Ne balancez pas vos bulletins de vote à l’aveuglette. Un bulletin de vote est comme une balle. Vous ne jetez pas vos bulletins de vote avant de voir une cible, et si cette cible n’est pas à votre portée, gardez votre bulletin dans votre poche.(…)

Les Noirs sont fatigués de tourner autour du pot, de cette perte de temps, de cette approche de compromis. Nous voulons la liberté, tout de suite, mais nous n’allons pas l’obtenir en disant simplement : « Nous vaincrons. » Nous devons combattre jusqu’à ce que nous vainquions.

La philosophie économique du nationalisme noir est claire et nette. Elle signifie uniquement que nous devons contrôler l’économie de notre communauté. Pourquoi les Blancs devraient-ils détenir tous les commerces de notre communauté ? Pourquoi devraient-ils détenir les banques de notre communauté ? Pourquoi l’économie de notre communauté devrait-elle être entre les mains de l’homme blanc ? Pourquoi ? Si un homme noir ne peut installer son commerce dans une communauté blanche, dites-moi pourquoi un homme blanc pourrait installer son commerce dans une communauté noire. La philosophie du nationalisme noir implique un programme de ré-éducation de la communauté noire en ce qui concerne l’économie. Notre peuple doit comprendre qu’à chaque fois que vous sortez un dollar de votre communauté, et le dépensez dans une communauté dans laquelle vous ne vivez pas, la communauté dans laquelle vous vivez s’appauvrit encore et encore, et la communauté dans laquelle vous dépensez votre argent s’enrichit encore et encore.

Et ensuite, vous vous demandez pourquoi l’endroit où vous vivez est toujours un ghetto ou un bidonville. Et là où vous et moi sommes concernés, c’est que non seulement nous sommes perdants lorsque nous dépensons hors de notre communauté, mais l’homme blanc tient attachés tous les commerces de notre communauté; de telle façon que même lorsque nous dépensons dans notre communauté, à la fin de la journée, l’homme qui tient le commerce doit déposer l’argent ailleurs dans la ville (à la banque). Ils nous ont eu par le vice.

Ainsi, la philosophie économique du nationalisme noir signifie que dans chaque organisation religieuse, sociale ou civique, dans chaque ordre fraternel, il est temps désormais pour notre peuple de prendre conscience de l’importance de contrôler l’économie de notre communauté. Si nous possédons les commerces, si nous faisons tourner les entreprises, si nous essayons d’établir quelque industrie dans notre propre communauté, alors nous nous donnons la possibilité de créer de l’emploi pour les nôtres. Une fois que vous contrôlez l’économie de votre propre communauté, alors vous n’avez plus à établir des piquets de grève, boycotter ou mendier à quelque escroc un emploi dans son entreprise.

La philosophie sociale du nationalisme noir signifie simplement que nous devons nous rassembler pour éliminer les vices, l’alcoolisme, l’addiction aux drogues, et tous les autres maux qui détruisent la fibre morale de notre communauté. Nous devons, nous-mêmes, élever le niveau de notre communauté, élever les standards de notre communauté à un plus haut niveau, rendre notre propre société si belle que nous serons satisfaits de nos propres cercles sociaux et n’aurons plus à courir partout en toquant à toutes les portes pour nous faire accepter d’un milieu social où nous ne sommes pas les bienvenus. Ainsi, je dis que répandre une doctrine telle que le nationalisme noir n’a pas pour but que l’homme noir ré-évalue l’homme blanc – vous le connaissez déjà – mais de faire que l’homme noir se ré-estime lui-même. Ne cherchez pas à changer l’état d’esprit de l’homme blanc… Vous ne pouvez pas changer son état d’esprit, et toute cette affaire d’appeler à la « conscience morale » de l’Amérique… La conscience de l’Amérique est en faillite. Elle a perdu toute conscience il y a déjà longtemps. L’Oncle Sam n’a pas de conscience.

Ils ne savent pas ce qu’est la morale. Ils n’essaient pas d’éliminer un mal parce que c’est le mal, ou parce que c’est illégal, ou immoral : ils l’éliminent seulement lorsqu’il menace leur existence. Donc vous perdez votre temps à appeler à la conscience morale d’un homme en faillite comme l’Oncle Sam. S’il avait une conscience, il redresserait cette situation sans que l’on ait besoin d’exercer une pression sur lui. Ainsi, il n’est pas nécessaire de changer l’état d’esprit de l’homme blanc. Vous devez changer votre propre état d’esprit. Vous ne pouvez pas changer son état d’esprit vis-à-vis de vous. Vous devez changer la façon dont vous vous regardez les uns les autres, en tant que frères & soeurs. Nous devons nous rassembler chaleureusement afin de développer l’unité & l’harmonie qui sont nécessaires pour résoudre ce problème par nous-mêmes. Comment pouvons-nous faire cela ? Comment pouvons-nous éviter la jalousie ? Comment pouvons-nous éviter la suspicion et les divisions qui existent dans la communauté. Je vais vous le dire.

J’ai observé comment Billy Graham vient dans une ville, répandre ce qu’il appelle l’évangile du Christ (qui n’est en réalité que du nationalisme blanc, au passage). (…) Comment est-il possible pour lui de venir dans une ville et d’avoir la coopération de tous les leaders des églises ? Il vient prêcher l’évangile du Christ, il « évangélise », il remue tout le monde, mais il n’essaie jamais de lancer une église. S’il essayait de lancer son église, toutes seraient contre lui. Ainsi, il vient juste parler du Christ, et dit à tout le monde d’aller dans n’importe quelle église où le Christ est; et de cette façon, les églises coopèrent avec lui. Nous devons nous inspirer de lui sur ce sujet.

Notre évangile est le nationalisme noir. Nous n’allons pas essayer de menacer l’existence de la moindre organisation, mais nous répandons « l’évangile » du nationalisme noir. Partout où une « église » prêche et pratique également le nationalisme noir, rejoignez-la. Rejoignez n’importe quelle organisation qui prône l’élévation de l’homme noir. Et si vous y allez et les voyez tourner autour du pot ou se compromettre, sortez-en car ceci n’est pas du nationalisme noir. Vous en trouverez une autre.

Et de cette manière, les organisations augmenteront en nombre, en quantité et en qualité, et en août, notre intention est de tenir une convention nationaliste noire qui réunira des délégués de tout le pays, intéressés par la philosophie politique, économique et sociale du nationalisme noir : nous tiendrons un séminaire, des débats, nous écouterons tout le monde. Nous voulons entendre de nouvelles idées, de nouvelles solutions, de nouvelles réponses. Et si à ce moment, il est nécessaire de former un parti nationaliste noir, ou une armée nationaliste noire, nous les formerons. Ce sera le bulletin de vote ou la balle. La liberté ou la mort.

Il est temps pour vous et moi de cesser d’être assis dans ce pays, en laissant quelques sénateurs menteurs s’asseoir à Washington DC et arriver à la conclusion, selon eux, que vous et moi sommes supposés avoir des droits civils. Aucun homme blanc ne va me dire quoi que ce soit à propos de mes droits. Frères & soeurs, rappelez-vous toujours de cela, s’il n’y a pas besoin de sénateurs, de députés et de proclamations présidentielles pour donner la liberté à l’homme blanc, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une législation, une proclamation, ou une décision de la Cour Suprême pour donner la liberté à l’homme noir. Dites à l’homme blanc que si c’est un pays de liberté, il doit l’être; et si ce n’est pas le cas, changez-le. (…)

Un système scolaire sous ségrégation produit des enfants qui, lorsqu’ils terminent leurs études, en sortent avec des esprits handicapés, paralysés. Mais cela ne veut pas dire qu’une école est ségréguée parce qu’elle n’est fréquentée que par des noirs. Une école ségréguée est une école qui est contrôlée par des gens qui n’ont pas le moindre intérêt en elle. Laissez-moi expliquer ce que je veux dire par là. Un quartier, ou une communauté, sous ségrégation est une communauté dans laquelle les gens vivent, mais où des étrangers contrôlent la politique & l’économie de cette communauté. On ne décrit jamais la communauté blanche comme une communauté ségréguée : seule la communauté noire est décrite ainsi. Pourquoi ? L’homme blanc contrôle ses propres écoles, sa propre économie, sa propre politique, son propre tout, sa propre communauté; mais il contrôle également la vôtre. Quand vous êtes sous le contrôle de quelqu’un d’autre, vous êtes ségrégués. Ils vous donneront toujours le plus bas, ou le pire, qu’il y ait à offrir, mais le fait que vous formiez une communauté séparée ne signifie pas (automatiquement) que vous soyez sous ségrégation. Vous devez contrôler ce qui vous revient. Exactement de la même façon que l’homme blanc contrôle ce qui lui revient, vous devez contrôler ce qui vous revient.

Vous connaissez la meilleure façon de se débarrasser de la ségrégation ? L’homme blanc a plus peur de la séparation que de l’intégration. La ségrégation signifie qu’il vous éloigne de lui, mais pas assez loin pour que vous soyez hors de sa juridiction. La séparation signifie que vous êtes partis. Et l’homme blanc vous laissera vous intégrer plus vite qu’il ne vous laissera vous séparer. (…)

Dernier point, et non le moindre, je dois dire, en ce qui concerne cette grande controverse sur les armes à feu, que la seule chose que j’ai jamais dite à ce sujet est que dans les zones où le gouvernement s’est montré incapable ou peu disposé à défendre les vies et les biens des Noirs, il est temps pour les Noirs de se défendre eux-mêmes. L’article 2 de la Constitution nous fournit, à vous et moi, le droit de posséder une arme. Il est constitutionnellement légal de posséder une arme. Ceci ne veut pas dire que vous allez vous acheter un fusil, former des bataillons, et sortir chasser des Blancs, bien que vous seriez dans vos droits – je veux dire, ce serait justifié; mais ce serait illégal et nous ne faisons rien d’illégal. Si l’homme blanc ne veut pas que l’homme noir achète des armes à feu, alors que le gouvernement fasse son travail. C’est tout. »

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Oum oumeyma dit :

    Salam alaikoum ,

    Super Article masha Allah , où avez vous trouvé ce texte s’il vous plaît ?

    جزاكم الله خيرا

    J'aime

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