La nationalité du musulman, c’est sa foi

« N’est pas des nôtres celui qui appelle à la ‘asabiyyah*, qui combat pour la ‘asabiyyah*, ou qui meurt pour la ‘asabiyyah*. » – Hadith rapporté par Abû Dawud

* L’esprit tribal, clanique, et par extension, nationaliste.

Si le tribalisme « old school » pouvait au moins avoir une certaine réalité ethnique, le nationalisme moderne en terre d’islam, miroir inversé de l’Occident, est tellement ridicule que l’on se demande bien comment il a pu avoir le succès actuel que l’on connaît : comment en effet tirer sa fierté de pays généralement artificiels aux frontières tracées par les colons autour d’un thé, aux drapeaux presque tous issus du même copier-coller britannique, souvent sans la moindre cohérence ethnique ou ne serait-ce qu’un soupçon de légitimité historique ? * Et pourtant, le nationalisme, religion moderne largement promue par l’Occident, est bien devenu l’un des cancers de la Oumma, aux excès d’autant plus ravageurs qu’il se pare souvent d’un vernis islamique : combien pensent, souvent sincèrement, défendre l’islam en s’enroulant dans un drapeau colonial, en affichant fièrement une photo de « leur » roi ou président, en récitant leurs slogans ou hymnes nationaux remplis de shirk ?

Les conséquences sont souvent dramatiques pour ceux qui ne possèdent pas les bases minimum de tawhid : l’adoration de la « Nation », nouvelle idole des temps modernes, remplace ou tout du moins surpasse celle d’Allah, la sacralité du drapeau prend la place de celle du Qur’an, l’alliance & le désaveu ne se fait plus en fonction de l’islam mais de la couleur du passeport, justifiant, au passage, de verser le sang du musulman né du mauvais côté de la frontière (tracée par le colon, rappelons-le) pour des motifs aussi futiles qu’un match de foot. Une vision du monde d’autant plus bancale islamiquement qu’à une époque où les barrières ethniques, « raciales », linguistiques s’effacent de plus en plus, où les enfants d’Européens sont de plus en plus nombreux à rejoindre l’islam, et où, à l’inverse, les partisans des idéologies laïques occidentales se multiplient chez les peuples traditionnellement musulmans, toute distinction ethnique de l’islamité tend à perdre toute crédibilité.

Pire, trompés par le mythe des valeurs prétendument universelles de leurs patries d’adoption & les prêcheurs de l’égarement, certains sombrent dans le nationalisme français, britannique ou américain le plus abject, ne se donnant même plus l’illusion d’une apparence d’islamité en se drapant dans l’un de ces drapeaux tricolores pour surjouer leur « loyauté » à l’égard de leur nouvelle idole, dans ce qui est un véritable crachat au visage aux principes les plus élémentaires de solidarité islamique. Parmi ceux qui rejettent naturellement – fitra oblige – l’expression ouverte de ce « harkisme » des temps modernes, un sentiment plus insidieux car inconscient se développe : ils ne se préoccupent que des intérêts propres de leur communauté musulmane « nationale », éventuellement de ceux de leur pays d’origine, et restent ainsi bloqués dans ce carcan mental, nationalistes malgré eux, qui les empêche de percevoir le sens profond du mot « Oumma ».

Un simple coup d’oeil à travers l’Histoire du monde islamique montrerait pourtant que cet esprit tribaliste, que le Prophète  qualifiait à très juste titre de « pourriture », a largement, et de tous temps, desservi la Oumma : les exemples sont légion, des querelles arabo-berbères incessantes qui ont – en partie – causé la perte d’al-Andalus aux mains des croisés, à la chute de l’Empire Ottoman entre sentiments ethniques jeune-turc & arabe, sans parler du naufrage monumental du « nationalisme arabe » qui a échoué sur sa promesse même, se calquer sur l’Occident (et ses idéologies séculières) pour le rattraper. De nos jours, la persistance des nationalismes mesquins hérités de la colonisation n’a qu’un seul but, de la part de ceux qui l’entretiennent, & une unique conséquence, pour ceux qui le subissent : maintenir la division & la faiblesse de la Oumma, d’où l’insistance de l’Occident sur le principe onusien de « l’intangibilité des frontières » (en particulier Sykes-Picot) illégitimes, créées par lui pour assurer sa mainmise sur le Moyen-Orient & l’Afrique, ou encore l’intérêt particulier des orientalistes pour le passé polythéiste des différents territoires islamiques, à même d’attiser les micro-nationalismes (Egypte ancienne, Babylone, …).

Surtout, au-delà de ces considérations géopolitiques, céder aux sirènes du tribalisme, c’est méconnaître le sens profond de l’islam, un message venu pour élever l’Homme & le libérer des liens de la terre & du sol, du sang & de la chair, pour établir un lien de fraternité islamique établi à travers la relation de la foi, un lien sacré & éternel d’amour, d’alliance & de loyauté : « les croyants ne sont que des frères » (49/10). L’islam est bien plus qu’une simple spiritualité : il est également patrie & nation, il transcende toutes les allégeances ethniques, raciales, linguistiques, nationales, et même familiales, pour unir l’ensemble des croyants au sein d’une véritable nationalité spirituelle fondée sur l’adoration d’Allah seul & le rejet de toutes les fausses idoles.

Nous sommes de la Nation d’Abu Bakr l’Arabe, de Suhayb le Romain, de Bilal l’Abyssin, de Salman le Perse, de la Nation spirituelle de Muhammad , qui unit Ansars médinois et Muhajirin mecquois, Aws et Khazraj, anciens ennemis héréditaires, dans un même appel, un même corps, une même vérité, celle de لا إله إلا الله. Nous sommes de la Nation de ces sahabas qui quittèrent leur patrie natale de la Mecque pour la combattre depuis Médine, de ces hommes qui, tel Abû ‘Ubayda, le « gardien de la Oumma » qui dut affronter & tuer son père à la bataille de Badr, combattirent en première ligne leurs propres frères de sang, pères, oncles, fils, sur le sentier d’Allah, de la Nation du noble ‘Umar ibn al-Khattab qui n’hésitait pas à appeler un esclave affranchi abyssin « notre maître » pour sa piété & son engagement pour la cause islamique, du légendaire Salahuddin al-Ayyoubi qui unit Arabes, Kurdes, Turcs & Mamelouks pour libérer al-Quds.

L’islam fit disparaître l’appel de la Jahiliyya fondé sur l’esprit tribal & la fierté ethnique ou nationale pour transcender l’esprit de l’Homme vers de nouveaux horizons, le libérant de ces conceptions primitives des relations humaines bassement basées sur la famille, la tribu, la nation ou la race, résidus des Temps de l’Ignorance où les valeurs spirituelles de l’Homme étaient au stade le plus bas, à l’image de l’animal. Il fit s’évanouir l’idée que la patrie était un simple morceau de terre (sans toutefois rejeter l’attachement naturel à la ville ou région d’origine) pour la remplacer par l’idée ô combien sublime que la véritable patrie du musulman était le dar al-islam, cette terre où s’appliquaient les Lois d’Allah et où il avait cherché refuge, qu’il avait défendue & étendue.

C’est en effet la force de l’islam que d’unir des hommes de tous les peuples autour de son message, une idée simple & forte de laquelle découle son implication authentiquement révolutionnaire, capable de renverser l’ordre du monde comme ce fut le cas il y a 14 siècles & à d’autres moments de l’Histoire. Il tient donc à nous, aujourd’hui, d’ancrer fermement dans nos coeurs cette noble conception de la Nation islamique en en retirant toutes les influences de la Jahiliyyah qui pourraient en polluer la pureté, de faire revivre cette approche hautement universelle de l’islam, et de travailler à faire renaître cette conscience de la « Oumma » chez les musulmans séduits par les idéologies nationalistes, par tous les moyens de prédication, d’influence & d’information à notre disposition…

… Afin que triomphe cette conception que décrivait ainsi très justement Sayyid Qutb : « La patrie du musulman, dans laquelle il vit & qu’il défend, n’est pas un bout de terre; la nationalité du musulman, par laquelle il se définit & est identifié, n’est pas la nationalité déterminée par un gouvernement; la famille du musulman, dans laquelle il trouve le réconfort & qu’il défend, n’est pas définie par les liens du sang; le drapeau du musulman, qu’il honore & pour lequel il trouve le martyre, n’est pas le drapeau d’un pays. La victoire ne s’atteint que sous la bannière de la foi, et aucune autre. »

* A quelques rares exceptions près (légitimité historique de la monarchie marocaine par exemple, ou ethnique des nationalismes turc ou kurde), qui ne les rendent pour autant pas plus légitimes islamiquement parlant.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. flatearth0 dit :

    Baraka Allah fikoum mes frères

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  2. Mohamed dit :

    « Nous sommes de la Nation d’Abu Bakr l’Arabe, de Suhayb le Romain, de Bilal l’Abyssin, de Salman le Perse, de la Nation spirituelle de Muhammad ﷺ, qui unit Ansars médinois et Muhajirin mecquois, Aws et Khazraj, anciens ennemis héréditaires, dans un même appel, un même corps, une même vérité, celle de لا إله إلا الله. Nous sommes de la Nation de ces sahabas qui quittèrent leur patrie natale de la Mecque pour la combattre depuis Médine, de ces hommes qui, tel Abû ‘Ubayda, le « gardien de la Oumma » qui dut affronter & tuer son père à la bataille de Badr, combattirent en première ligne leurs propres frères de sang, pères, oncles, fils, sur le sentier d’Allah, de la Nation du noble ‘Umar ibn al-Khattab qui n’hésitait pas à appeler un esclave affranchi abyssin « notre maître » pour sa piété & son engagement pour la cause islamique, du légendaire Salahuddin al-Ayyoubi qui unit Arabes, Kurdes, Turcs & Mamelouks pour libérer al-Quds. »

    A la lecture de ce passage j’avais envie de te serrer fort dans mes bras frère !!

    BarakAllahu fiik

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  3. Abou Ilyes dit :

    C’est juste magnifique ! Qu’Allah te preserve mon frère. Continue.

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